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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 18:28
Médias, opinion publique et crises politiques en France TERMINALE ES
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Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France depuis l’affaire Dreyfus

 

Cette séquence s’insère dans le thème 2 du programme d’histoire : « Idéologies, opinions en Europe de la fin du XIXe siècle à nos jours ».

 

Les notions autour desquelles vous devez articuler vos analyses et qu'il faut présenter en introduction:

  • opinion publique

L’expression désigne l’ensemble des convictions, des jugements et des valeurs d’une société à une époque donnée. Les médias de masse, qui informent les citoyens et favorisent les débats contradictoires, contribuent à former l’opinion publique.

  • médias de masse

L’expression désigne les médias qui ont une audience suffisamment large pour toucher un large public dans une société démocratique. Les médias de masse sont la presse (dès le milieu  du XIXe siècle), la radio à partir des années 1920, la télévision à partir des années 1950, Internet depuis les années 1990.

  • crise politique

Moment critique dans l’évolution d’un régime politique. Plus ou moins régulièrement, des crises politiques ébranlent la vie politique et sociale de la nation. Les médias peuvent révéler les crises politiques, les nourrir en informant l’opinion, les provoquer aussi parfois lorsqu’ils se trouvent être compromis avec le pouvoir.

Problématique de la séquence

Comment, depuis l’affaire Dreyfus, les crises politiques révèlent-elles l’émergence des médias et de l’opinion publique comme composantes majeures de la démocratie française?

 

Annonce du plan

Partie 1: 1890-1914. La démocratisation de la France, dans le cadre de la IIIe République, va de pair avec constitution d’une opinion publique ; la presse joue un rôle central dans la formation et l’expression de l’opinion publique. La condamnation de Dreyfus pour trahison se transforme en véritable crise politique suite à la révélation de "l'affaire" par la presse. Les médias prennent position et l'opinion publique se divise en deux.

Partie 2: 1914-1944. Ce rôle dynamique que la presse joue dans l'opinion publique française est mis entre parenthèses durant la Première Guerre mondiale, à cause de la censure. Durant l'entre-deux-guerres, la radio fait son apparition mais c'est encore la presse écrite qui joue un rôle essentiel durant les crises politiques. Le 6 février 1934, les incidents se déroulant en marge de la manifestation des ligues d'extrême droite provoquent une importante mobilisation de la presse et de l'opinion publique. Ces émeutes permettent la constitution du Front populaire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les médias sont censurés et il faut attendre la Libération pour que la liberté de la presse soit réinstaurée.

Partie 3: 1944-nos jours. La télévision conquiert de plus en plus de place dans la société française, mais comme la radio qui est désormais présente dans la majorité des foyers, elle est contrôlée par l'État. La liberté de la presse suscite d'importants débats durant le mouvement social de mai 1968 durant lequel la société française critique le rôle trop important que joue l'État dans la diffusion des informations. Il faut attendre 1974 et surtout 1981 pour que l'ensemble des médias jouissent d'une complète liberté.

La sphère médiatique subit de profondes transformations depuis les années 1990. La presse écrite décline et la plus grande facilité à s'exprimer permise par Internet brouille la séparation classique entre médias et opinion publique.

 

 

 

1ère partie.

Presse et opinion au temps
de l’affaire Dreyfus (1890-1914)

 

Pourquoi laffaire Dreyfus?

-c'est une crise majeure de la société française en voie de démocratisation

-elle manifeste le rôle central du seul média de masse de l'époque, la presse, qui connaît alors son âge dor

- c'est l'acte de naissance des « intellectuels » au rôle considérable sur lopinion publique

Problématique

Il s’agit de montrer comment la presse favorise la bipolarisation de l’opinion publique au temps de l’Affaire Dreyfus

 

1. L'âge d'or de la presse écrite (1880 − 1914)

 

A. Contexte qui a permis à la presse de jouer un rôle central dans l'affaire Dreyfus.

Une liberté inégalée pour la presse va favoriser la sur-médiatisation de l'Affaire Dreyfus.
La IIIe République s'est engagée au début des années 1880 dans une grande bataille pour les libertés: celle de la presse en particulier. La liberté de la presse est un des aspects fondamentaux de la liberté d'expression et elle est garantie par la loi du 29 juillet 1881. La loi française sur la liberté de la presse est considérée comme la plus libérale au monde. Article 1er de la loi de 1881 : « l’imprimerie et la librairie sont libres ». Ses seules limites ou "délits de presse" sont les provocations aux crimes, aux délits et à la diffamation.

La médiatisation de l'Affaire Dreyfus sera aussi favorisée par une demande d'informations à échelle de l'ensemble de la population française. Ce marché de l'information à échelle nationale est rendu possible par plusieurs facteurs techniques:

- Les textes sont directement tapés sur un clavier sans passer par les anciennes pratiques issues du XVe siècle. Le gain de temps et de productivité rendra, en termes de coûts, le journal accessible à tous.

- L'amélioration des transports (chemins de fer, bateau à vapeur puis à moteur) et des moyens de communication (téléphone, télégraphe et notamment le télégraphe atlantique qui permet de recevoir des informations des États-Unis) permet aux journalistes de se déplacer et d'avoir accès à des informations plus rapidement.

- La photographie, les illustrations et les caricatures rendent les journaux plus attrayants

- Les vendeurs de journaux à la criée relance l'offre à tous les jours et en tous lieux

Des facteurs favorisant un accès généralisé à l'écrit:

- l'école gratuite et obligatoire depuis les lois Ferry de 1882 fait progresser l'alphabétisation. Conséquence: la culture de l'écrit se répand dans les classes populaires.

Conclusion: la presse devient, dans ces conditions, un média de masse et donc un pouvoir dans la société française du XIXe siècle. En même temps, la France des débuts de la IIIe République voit le développement d'une opinion publique

B. Presse populaire et presse d'opinion

La majorité des journaux vendus sont ceux de la presse populaire, qui mettent en avant les faits divers, le divertissement et le sensationnel :

  • Le Petit Journal est un des journaux les moins chers de la fin du XIXe siècle (5 centimes contre 15 centimes en moyenne pour les autres journaux). Il se prétend apolitique mais prend position lors de l'affaire Dreyfus. Le Petit Journal connaît un essor considérable en couvrant les faits divers sensationnels et il est imprimé à plus d'un million d'exemplaires dans les années 1890, ce qui en fait un des journaux les plus imprimés au monde.
  • Le Petit Parisien est un des principaux journaux de la IIIe République. Il est tiré à un million d'exemplaires dans les années 1890. Il est plutôt de tendance de gauche mais garde une position très modérée.

La presse d'opinion touche un public moins large :

  • L'Humanité, fondée par Jean Jaurès en 1904, est un journal de gauche.
  • L'Assiette au beurre est un journal satirique français inspiré par les idées anarchistes et socialistes.
  • La Croix est un journal catholique conservateur.
  • L'Action française de Charles Maurras et La Libre Parole d'Édouard Drumont sont des journaux d'extrême droite.

C. Les courants politiques sous la IIIe République impliqués dans l'affaire Dreyfus

  • extrême droite : royalistes, catholiques conservateurs, antisémites
  • droite : plus ou moins ralliée à l’idée d’une république
  • centre : républicains modérés
  • gauche : républicains radicaux
  • extrême gauche : socialistes à tendance marxiste.

 

2. La crise politique principale de la IIIe République: l'"Affaire Dreyfus"

 

  1. L'affaire Dreyfus est un scandale que la presse révèle et dont elle se fait l'écho :

 

 

  • 1894: Le Figaro révèle l’existence d’une enquête au sein de l’état-major, à la suite d’une affaire d’espionnage au profit de l’Allemagne. Le 29 octobre 1894, alors que l'enquête n'est encore que préliminaire et secrète, La Libre Parole d'extrême-droite et antisémite lance une campagne de presse contre le ministre de la guerre en l'accusant de cacher la faute des officiers d'avoir placé un juif à un poste de responsabilité Cette campagne de presse pousse l’état major a accéléré le procès et à condamner Dreyfus. La presse ne fait pas que rapporter des faits, elle fait pression sur le gouvernement et l'armée.

 

  • D’origine alsacienne, de confession juive, la capitaine Albert Dreyfus est accusé par l’enquête d’avoir livré des secrets importants à l’Allemagne. En réalité, il a été accusé parce qu’il était juif. Il était en butte à l’hostilité des officiers de l’état-major qui étaient monarchistes, catholiques et antisémites.  L’antisémitisme est très répandu dans toutes les couches de la population depuis le scandale de Panama (1892) qui avait ruiné des milliers d’épargnants en compromettant des hommes politiques et des banquiers juifs.

 

  • 1894, Dreyfus est condamné à la déportation  pour espionnage. Il sera dégradé et exilé en Guyane. La presse et l'opinion publique condamnent unanimement Dreyfus.

 

- À partir de 1897, l'affaire prend un nouveau tour. La culpabilité de Dreyfus est remise en cause. L'affaire prend l'allure d'un feuilleton à rebondissements dans lequel chaque jour est l'occasion d'un nouvel épisode.

 

  1. La politisation de l’affaire Dreyfus avec l’intervention de la presse à partir de 1897.

 

La presse prend parti dans l'affaire et l'opinion se divise autour de la question :

  • La majorité des journaux soutiennent la culpabilité de Dreyfus, tels que La Croix, Le Petit Journal. Ce sont les anti-dreyfusards.
  • D'autres journaux affirment l'innocence de Dreyfus, ce sont les dreyfusards. Le 13 janvier 1898, Zola publie dans le journal L'Aurore un article intitulé "J'accuse" qui est édité à plus de 200 000 exemplaires et qui défend l'innocence de Dreyfus. Ces personnes qui prennent position pour Dreyfus seront qualifiées avec mépris d'"intellectuels".
  • L'opinion publique est aussi traversée par cette division entre les dreyfusards et les anti-dreyfusards.

Cette crise, et la manière dont s'en sont emparées la presse et l'opinion publique, ont des conséquences :

  • Dans cette crise majeure, la presse montre sa puissance pour influencer l'opinion publique. C'est elle qui crée l'"Affaire Dreyfus". Elle est omniprésente et transforme un procès pour espionnage en combat d’opinions orchestré par les journaux.

 

  • La caricature devient une arme redoutable : son caractère simplificateur et direct en fait un instrument de propagande. Voir les analyses faites en cours et s'en inspirer en composition.

 

  • La société française, par le biais de la presse, s'est interrogée sur les valeurs de la République. Pour les antidreyfusards (monarchistes, républicains conservateurs ou cléricaux intransigeants),  pas question de toucher à l’honneur de l’armée qui garantit l’indépendance nationale, pas question de lui infliger un affront et de la démoraliser.  Pour les dreyfusards les droits de la personne humaine doivent être placés au-dessus de toute considération : justice et vérité quel qu’en soit le prix. 
  • L'affaire a révélé l'antisémitisme d'une partie de l'opinion et de la presse. Cette affaire enracine les stéréotypes sur les Juifs dans l'opinion publique. Maurice Barrès écrit à propos de Dreyfus : "Que Dreyfus est coupable de trahir, je le conclus de sa race".

 

 

2e partie. Médias et opinion publique d'une guerre mondiale à l'autre (1914-1945)

 

1. La Première Guerre mondiale change le rôle de la presse

À la veille de la Première Guerre mondiale, la presse écrite est très diffusée au sein des foyers français. En 1914, ce sont plus de 9 millions de journaux qui sont imprimés quotidiennement.

Le déclenchement de la guerre provoque la suspension de la liberté de la presse. Pour soutenir l'effort de guerre, les divisions politiques doivent être étouffées et l'Union sacrée doit être maintenue.

La censure frappe la presse qui doit obtenir des autorisations avant de publier. Les journaux reprennent le discours officiel, ils exaltent le patriotisme et méprisent l'ennemi. L'expression de "bourrage de crâne" est utilisée pour définir cette propagande officielle.

Le Canard enchaîné est un journal satirique qui paraît pour la première fois en 1915 et cherche à maintenir par des procédés comiques une certaine liberté d'expression. Le Canard enchaîné a pour sous-titre Journal satirique paraissant le mercredi et pour slogan « La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas », ce qui résume assez bien la ligne éditoriale de l’hebdomadaire : dénoncer tous les scandales publics survenant en France mais aussi dans les autres pays. Dénoncer la propagande et la censure, le bourrage de crâne.

 

2. De 1918 à 1939, la presse et la montée de l’extrême droite en France et du totalitarisme en Europe.

 

A. La fin de la Première Guerre mondiale annonce le retour de la liberté de la presse. Cette période est marquée par une diversification des médias:

La radio apparaît dans l'entre-deux-guerres :

  • La radio se diffuse au sein des foyers français dans l'entre-deux-guerres. Plus de la moitié des Français est équipée d'un poste de radio dans la fin des années 1930.
  • Le pouvoir exerce cependant un contrôle sur les radios qui ne prennent pas part aux débats politiques.

B. La crise du 6 février 1934 et le Front populaire

La France est traversée dans les années 1930 par une crise économique et politique :

  • La crise économique qui démarre aux États-Unis touche la France plus tardivement que ses voisins européens mais aussi plus longuement. Cette crise a pour conséquence une montée du chômage et de la pauvreté.
  • L'antiparlementarisme se développe dans les années 1930. Les communistes critiquent la République parlementaire assimilée à une "République bourgeoise" et les ligues d'extrême droite, dont l'audience augmente, critiquent un système qu'elles jugent trop faible et corrompu. L'extrême droite, depuis la fin du XIXe siècle, souhaite la mise en place d'un régime avec un exécutif fort. La presse d'opinion est le porte-parole de ces différentes positions.
  • À la fin de l'année 1933, l'affaire Stavisky implique des ministres et des députés de gauche dans une affaire de corruption et amplifie l'antiparlementarisme.
  • L'extrême droite triomphe en Italie (fascisme de Mussolini) et en Allemagne (nazisme: Hitler arrive au pouvoir en 1933)

Le 6 février 1934, les ligues d'extrême droite appellent à manifester :

  • La presse d'extrême-droite comme L'Action française, journal royaliste de Charles Maurras, appelle à la manifestation: "Contre les voleurs, contre le régime abject, TOUS, CE SOIR, DEVANT LA CHAMBRE" c'est-à-dire devant l'Assemblée nationale
  • Les manifestants tentent de se rendre devant l'Assemblée nationale et la manifestation se transforme en une émeute qui fait quinze morts et plusieurs centaines de blessés.
  • L'événement est repris dès le lendemain dans la presse. La presse d'extrême droite dénonce la répression des "assassins" alors que la presse de gauche parle de la menace d'un "coup d'État" des fascistes en France.
  • Le gouvernement démissionne: la crise politique est donc totale.

Cette crise montre le poids que la presse et l'opinion publique jouent désormais dans la politique française :

  • Pour la première fois, l'opinion et la presse font chuter un gouvernement.
  • La presse de gauche, en développant l'idée de la menace fasciste, réussit à solidariser la gauche qui manifeste unie le 14 juillet 1935 et permet la victoire du Front populaire en 1936.

 

3. La « guerre des ondes » au moment de la défaite de 1940.

  • la radio commence à concurrencer la presse à partir des années 1930.
  •  Elle joue un rôle particulier au cours de l’été 1940: le maréchal Pétain  et le général de Gaulle s’affrontent par ondes radio interposées.
  •  Le premier cherche à convaincre les Français de cesser le combat. Message radiophonique du 17 juin 1940.
  •  Le second utilise ce nouveau média de masse pour persuader les Français de poursuivre la lutte
  •  Chacun a compris l’importance de mobiliser la radio pour mobiliser une opinion publique déstabilisée par la défaite.
  •  Pétain dans l’appel du 17 juin : modulation de la voix solennelle / Posture du chef ou du patriarche en qui le peuple peut remettre toute sa confiance. Esprit de sacrifice : « don de sa personne pour atténuer » les malheurs du pays.

 

3e partie. Les médias, l'opinion publique et les crises politiques de 1945 à la société de la communication.

Un autre article a été publié pour la 3e partie du cours

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Published by france
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