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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 11:39

 

Thème 3. Dynamiques des grandes aires continentales

 

L’Afrique : les défis du développement

 

Cours 1. Le Sahara : ressources, conflits (étude de cas)

 

Cours 2. Le continent africain face au développement et à la mondialisation

 

 

Cours 1 : Le Sahara : ressources, conflits (étude de cas)

 

Le Sahara est le plus grand désert du monde. Il s’étend sur plus sur 8,5 millions de km² de l’Atlantique à la Mer Rouge et de la Méditerranée au Tropique du Cancer et couvre une dizaine de pays

Le Sahara, depuis une dizaine d’années, est revenu sur la scène internationale et médiatique : groupes terroristes islamistes, trafics de drogues et d’armes mais aussi d’abondantes ressources.

Le Sahara est un milieu contraignant mais, contrairement aux idées reçues, aux nombreuses ressources. Ces ressources peuvent être une source de richesses favorables au développement des pays qui les possèdent. Mais il faut pour cela qu’elles puissent être mises en valeur, que les revenus profitent aux Etats et aux populations (que les revenus ne partent pas à l’étranger et qu’elles ne soient pas détournées pas les classes dirigeantes, que leur exploitation rentre dans une logique de développement durable)

 

Problématique : Comment et pourquoi cet espace longtemps marginalisé est-il de plus en plus intégré à la mondialisation ?

 

 

 

PLAN.

 

Partie 1. Le Sahara, un milieu très contraignant

 

Partie 2.Mais c'est aussi un espace aux nombreux atouts

 

Partie 3. Un espace stratégique, confronté à une instabilité et convoité par des acteurs nombreux

 

 

 

 

Partie 1. Le Sahara, un milieu très contraignant.

 

1. Un milieu plutôt hostile.

 

- Un espace désertique. Le Sahara est le plus grand désert du monde: 8,5millions de km², 3000km de profondeur. 40% de l'Afrique et 10 millions d'habitants.

 

- Le climat du Sahara, chaud, ensoleillé et aride,

  • Les températures diurnes sont très élevées, pouvant dépasser 50°C, et l'amplitude thermique entre le jour et la nuit est souvent supérieure à 35 ou 40°C.
  • Les précipitations sont très rares et irrégulières et certaines régions, comme le désert de Libye, restent plusieurs années sans pluie. Les pluies peuvent survenir sous la forme d'averses très brutales, et l'eau ruisselle dans les oueds. Les précipitations augmentent dans les massifs montagneux du Hoggar et du Tibesti, et en marge du désert.

 

- Le désert est un désert de sable avec ses ergs mais surtout un désert de roche avec ses regs (déserts rocheux). Les ergs ne couvrent que 20% du Sahara. Le reste est constitué de plateaux et de massif montagneux comme le Hoggar dont les sommets avoisinent les 3 000m.

 

 

- Il couvre une dizaine de pays.

  • Ainsi le sud de la Libye et des trois États du Maghreb : Maroc, Algérie (l'État qui possède la plus vaste part du Sahara), Tunisie. Le nord de ces pays connaît un climat méditerranéen. À l'exception de la vallée du Nil, l'Égypte est presque entièrement occupée par le désert.
  • Les États situés au sud du désert (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Soudan) connaissent une situation inverse. Le nord de leur pays est désertique, alors que plus au sud on trouve des steppes qui forment un espace de transition entre le milieu désertique et le milieu tropical. On appelle cet espace le Sahel. Depuis une cinquantaine d'années, le désert du Sahara tend à progresser vers le sud, parfois sur plus d'une centaine de kilomètres.

 

2. Ce désert est surtout humanisé à ses marges.

 

- Concentration de population dans les régions proches des littoraux et dans la vallée du Nil

 

- À l'intérieur c'est un espace de peuplement ponctuel (oasis).

 

- La faiblesse du peuplement s’explique par l’enclavement géographique, les conditions climatiques et les difficultés pour développer des activités économiques, de l’emploi en dehors des activités traditionnelles (élevage transhumant, une petite agriculture vivrière de type oasis) et, si la situation sécuritaire le permet, un peu de tourisme. L’extraction des richesses du sous-sol, activité fortement mécanisée, ne crée pas beaucoup d’emplois et les richesses dégagées par l’exploitation de ces ressources profitent très peu aux populations locales.

 

 

 

Partie 2. Mais c'est aussi un espace aux nombreux atouts.

 

1. Un sous-sol très riche

 

- La ressource essentielle du Sahara est l’eau qu’offrent les oasis aux habitants du Sahara et que l’on trouve surtout au centre du territoire.

  • Le sous-sol du désert dispose en effet d’immenses réservoirs d’eau souterraine, des nappes aquifères fossiles, qui ont été découvertes à l’occasion de prospections pétrolières. Ces réserves sont utilisées pour l’irrigation, mais également pour approvisionner les pôles urbains, en particulier en Afrique du Nord. Grâce à elles, certaines régions bordières du Sahara sont devenues des fronts pionniers agricoles (au Maroc, en Algérie, en Libye).

 

  • La question de la pérennité de l'aquifère se pose donc avec une acuité croissante à mesure que la demande augmente (la recharge par les eaux de pluie est beaucoup plus faible que les prélèvements, qui pourraient épuiser la ressource d’ici 50 à 100 ans au rythme actuel des prélèvements pour le réservoir septentrional du Sahara). Déjà des signes : le niveau des nappes a baissé de 25 à 50m dans certains secteurs ce qui tarit des sources dans les oasis traditionnelles. En même temps on observe une dégradation de la qualité des eaux, dont la concentration en sel augmente. Ensuite, les gisements sont transfrontaliers, ce qui pose donc des problèmes de partage des ressources entre les Etats.

 

- Le sous-sol du désert offre aussi de grandes ressources en hydrocarbures (gaz et pétrole) essentiellement en Algérie, en Libye et en Egypte.

 

- Le Sahara recèle également d’autres richesses naturelles en abondance : les minerais (ex : fer de Mauritanie, uranium au Niger, phosphate au Maroc et en Tunisie…). Les pays qui composent le Sahara dépendent donc largement d’une économie de rente.

 

- Immense potentiel en énergie solaire : degré d’ensoleillement exceptionnel lié à une demande d’énergie des pays méditerranéens qui pourrait doubler d’ici 2020 ou lié à la proximité de l’UE. Mais les investissements nécessaires devraient être très importants

 

- Enfin, le développement du " tourisme d’aventure " représente un nouvel enjeu pour les États sahariens. Basé sur l’imaginaire et la symbolique du désert de sable - erg - (alors que le désert est à 80% composé de cailloux - reg -) le désert permet d’attirer de nombreux touristes chaque année. Mais ce tourisme est dépendant de la sécurité dans la région. D'où sa fragilité actuellement.

 

2. Beaucoup de ces ressources sont destinées au marché mondial, ce qui place le Sahara en plein dans la mondialisation.

 

- Cette exportation massive se réalise par le biais de réseaux de transports nécessaires pour désenclaver le Sahara: gazoducs, oléoducs, routes, lignes de chemins de fer. But: désenclaver le Sahara, c'est-à-dire acheminer les ressources vers des villes portuaires en interface mondiale ou pour satisfaire les besoins des populations concentrées sur le littoral.

 

- Exemples: le réseau de routes transsahariennes sud-nord traversant les pays du Maghreb vers les ports de Tripoli (Lybie), Tunis, Alger, Arzee ou Rabat.

 

- Exemple: le projet du gazoduc allant du Nigéria à l'Algérie sur plus de 4 000km et visant à transporter les ressources gazières nigérianes directement aux ports algériens via le Niger. Le gazoduc transsaharien devrait être doublé par une autoroute et un câble à fibre optique.

 

- Exemple de réseaux de transport d'eau: stations de pompage, des aqueducs, des canaux: "La Grande Rivière Artificielle" en Libye: un réseau de canalisations (4000 km de tuyaux d'un diamètre de 4 m) et des réservoirs amenant l'eau des nappes souterraines du désert à la région côtière surpeuplée, pour un coût total de 20 milliards de dollars US.

- Donc, aujourd'hui, le Sahara demeure un espace largement tourné vers l'extérieur, sous des formes sans cesse renouvelées. Loin d'être replié sur lui-même et en marge de l'économie mondiale, l'espace saharien est intensément connecté au Maghreb, à l'ouest africain, mais aussi au Moyen-Orient et même à la Chine.

 

3. Mais l’exploitation des ressources n’est pas synonyme de développement, car la rente est confisquée par les détenteurs du pouvoir. De plus, l’économie de rente rend les pays concernés dépendants de la conjoncture internationale. Cela nuit aussi au développement d’une économie diversifiée. Enfin cette rente peut aussi être captée pour l’achat d’armes et la corruption.

 

4. Développement urbain entraîné par cette mise en valeur du Sahara.

- Le renouveau du désert s’opère depuis les années 50 et se traduit à la fois par une forte croissance démographique ainsi qu’une rapide urbanisation (90% des habitants habitent en ville)

- le Sahara est donc aussi un monde de villes. En 30ans le Sahara a gagné 5 millions d’habitants.

- Des villes nouvelles sont nées de la mise en valeur de richesses du sous-sol (pétrolières ou minières) : Zouerate pour le fer en Mauritanie, Arlit pour l’uranium au Niger, Hassi-Messaoud pour le pétrole en Algérie.

- D’autres sont voulues comme villes de commandement territorial, conçues pour organiser un territoire donné, y représenter les services de l’Etat. Nouakchott en Mauritanie par exemple.

 

 

 

Partie 3. Un espace confronté à une instabilité et convoité par des acteurs nombreux.

1. Des facteurs d’instabilité nombreux...

  • Un de ces facteurs concerne les frontières.

- Les Etats du Sahara ont un découpage frontalier hérité de la colonisation/décolonisation (frontières tracées à la règle et intangibilité des frontières admise comme préalable à la décolonisation) ce qui peut poser des problèmes en terme de peuplement car ce découpage « à l’aveugle » peut séparer en plusieurs Etats un même peuple (Touaregs, Toubous)

- Les frontières des Etats dans le Sahara n’existent pas pour ces tribus nomades et n’ont donc pas un rôle de barrières. Le Sahara a toujours été un espace de circulation intense, un espace de mobilité dans lequel le nomadisme reste un mode de vie majeur. Pour les groupes nomades qui utilisent le désert comme territoire de vie, ces frontières sont une entrave à leur fonctionnement quotidien puisqu’ils évoluent dans une « territorialité floue » qui s’oppose à la « territorialité dure » héritées de la colonisation puis de la décolonisation. C’est la raison première qui explique l’instabilité passée et présente de la région avant même la question des ressources. Le Sahara est un espace de mouvement et qui contrôle le mouvement, contrôle le pouvoir, la population, ce qu’ont bien compris les terroristes.

 

  • Autre facteur: la faiblesse des Etats.

On peut ici distinguer deux catégories d’Etats :

- au nord, des Etats riverains de la Méditerranée, qui ont amorcé un décollage économique, ont une certaine maîtrise de leurs ressources et les mettent en valeur : Algérie, Maroc, Lybie, Tunisie. Les territoires sahariens sont alors des arrières pays en voie d’intégration

- La situation est différente dans les Etats du Sud du Sahara, dans la bande sahélienne. Les autorités gouvernementales ont du mal à contrôler ces territoires désertiques, l’appareil de l’Etat y est parfois absent ou cantonné à quelques bourgades. (Niger, Mali notamment). Ces régions sahariennes sont des zones grises. Développement de réseaux islamistes dans le nord-Mali.

 

  • le Sahara, une zone de conflits multiples

- À l’Est, la longue guerre entre le Nord et le Sud du Soudan a abouti en 2011 à la création de deux États. Toutefois, les affrontements se poursuivent par milices interposées car le Soudan et le Soudan du Sud se disputent plusieurs territoires frontaliers riches en pétrole. Le Soudan du Sud a hérité des trois-quarts de la production de pétrole, tandis que le Nord possède les infrastructures permettant de l’exporter via les oléoducs vers Port-Soudan.

- . L’ouest du Sahara se caractérise par un conflit frontalier persistant dont l’enjeu est le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, que se sont partagés le Maroc et la Mauritanie en 1975. Les 450 000 habitants, appelés Sahraouis, se sont éparpillés dans ces deux pays ainsi qu’en Algérie. Certains se sont regroupés au sein du Front Polisario, qui revendique l’indépendance du Sahara occidental. Un cessez-le-feu a été signé en 1991 sous les auspices de l’ONU, mais ni le Maroc, ni le Front Polisario ne renoncent à leurs revendication sur ce territoire. La présence de phosphate dans la région ajoute un enjeu économique à la question territoriale.

- La région sahélo-saharienne sont également marqués par la rébellion des Touaregs, un peuple nomade d’environ deux millions d’habitants partagé entre l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Mali, la Mauritanie et le Niger. Plusieurs révoltes ont eu lieu depuis les années 1990 et récemment, le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) qui revendique le nord du Mali s’est allié avec le groupe touareg islamiste Ansar Dine et des djihadistes d’Al-Qaida pour tenter de déstabiliser le pouvoir malien.

 

2. Un espace convoité par de nombreux acteurs.

- Longtemps considérée comme une région peu peuplée, peu développée et difficile à contrôler, le Sahara entre de plain-pied dans la mondialisation. Le Sahara est traversé par de nombreux flux de marchandises, souvent informels et illicites, et de migrants espérant pour certains rejoindre l’Europe. Il attire les convoitises des entreprises étrangères et des acteurs locaux pour contrôler le territoire. Il est représentatif d’un continent africain en changement et qui s’intègre dans la mondialisation.

 

Exemple: les flux illicites en transit. La région est marquée par l’essor du trafic de haschisch et de cocaïne (15% de la production mondiale de cocaïne transiterait par l’Afrique de l’Ouest). Depuis 2006 la route sahélo-saharienne est de plus en plus empruntée, en raison de la porosité des frontières et de la faiblesse des systèmes policiers et judiciaires nationaux. Ces flux de produits illicites sont souvent tolérés par les gouvernements ; et même parfois soutenus activement par des personnalités politiques et militaires. Les passages frontaliers permettent aux trafiquants d’être protégés. On a vu aussi depuis la guerre en Libye une accélération rapide des flux d’armes, d’abord légères puis lourdes.

Exemple: le terrorisme.

On trouve dans cette zone plusieurs groupes terroristes, notamment AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique) depuis 2006. AQMI est aujourd’hui composé de plusieurs groupes, rejoints par certaines populations du Sahel comme les rebelles Touaregs du Niger et du Mali. Depuis 2008 on assiste à une recrudescence des attentats et prises d’otages perpétrés par AQMI. Contrairement aux idéaux revendiqués devant les médias (application stricte de la Charia), AQMI est impliqué dans des trafics de drogues, de cigarettes, d’hydrocarbures et dans le racket des migrants transsahariens. On parle de narcodjihadisme

 

 

Conclusion.

Le Sahara est un espace complexe et représentatif d’une Afrique qui change: un Afrique en développement, insérée dans la mondialisation mais aussi une Afrique traversé par des tensions et ne profitant pas assez de la mondialisation.

 

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Published by france
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commentaires

Développement mobile sur mesure 22/03/2017 11:45

Très intéressant