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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 11:48

 

3e échelle de gouvernement

 

La gouvernance économique mondiale depuis 1944

 

Introduction.

Gouvernance : mode collectif de prise de décision réalisé par plusieurs acteurs de natures différentes (États, Institutions internationales, FTN, ONG…). La gouvernance propose un nouveau mode de gestion des relations internationales à mi-chemin entre un gouvernement mondial, qui reste irréalisable, et la simple coopération entre nations. Elle remet en cause le monopole de l’État sur les affaires mondiales. Elle suppose des règles qui s'imposent aux Etats.

Problématique. La gouvernance mondiale a pris plusieurs formes depuis 1944. L’après Seconde Guerre mondiale marque une étape majeure dans la prise de conscience de la nécessité d’une échelle mondiale de gouvernement plaçant les Etats-Unis en situation de domination. Le système qui se met en place fonctionne sur un mode de coopération interétatique peu à peu renforcée en fonction du processus de la mondialisation et de la fin de la guerre froide. Au fur et à mesure qu'on entre dans la mondialisation, le nombre d'acteurs participant à cette gouvernance mondiale se diversifiera.

Annonce du plan.

 

Partie I - La recherche d’une gouvernance mondiale se fait à l’intérieur du système de Bretton Woods. (1944 – années 70)

 

1. Une première forme de gouvernance née à la fin de la guerre.

En 1944, le but est d’abord de reconstruire l’économie mondiale, de développer les échanges après une période pendant laquelle les économies nationales s’étaient refermées sur elles-mêmes, d’assurer la stabilité monétaire.

L'objectif d'une gouvernance mondiale est en 1944 d'éviter les désordres économiques afin de créer les conditions permettant une paix durable :

  • Un moyen essentiel de cette gouvernance est de mettre en place une coopération économique permettant la stabilité des monnaies et constituant ainsi les bases d'une croissance économique solide..
  • Enfin, l'ouverture des frontières doit être encouragée afin de rendre les économies solidaires entre elles et de développer les échanges internationaux. C'est aussi une condition de paix dans l'après-guerre.

 

2. Les institutions internationales dominées par les États-Unis

Les États-Unis ont renforcé leur puissance économique pendant la guerre. Leur capacité productive a augmenté : au sortir de la guerre, ils possèdent les deux tiers des réserves mondiales d'or. Pour assurer des débouchés à leur industrie et éviter une progression du communisme, ils mettent en place le plan Marshall afin de venir en aide aux économies dévastées par la guerre.

Leur poids prépondérant dans l'économie mondiale leur permet de dominer les institutions créées, sous leur influence et aux EU, pour assurer la gouvernance mondiale :

  • Lors des accords de Bretton Woods en 1944, le Système monétaire international (SMI) confirme le rôle central du dollar qui devient la seule monnaie convertible en or. La valeur des autres monnaies est fixée sur le dollar (avec un taux de variation autorisé de 1%). Le billet vert devient ainsi l'étalon monétaire international. Le SMI répond à la volonté d'assurer une stabilité monétaire.
  • Le Fonds monétaire international (FMI), qui siège à Washington, a pour mission de contrôler le bon fonctionnement du SMI et d'aider les pays en difficulté afin d'éviter une crise identique à celle de 1929.
  • La Banque internationale de reconstruction et de développement (BIRD), qui est aussi située dans la capitale américaine, aide à la reconstruction du Japon et de l'Europe. Elle finance à partir des années 1960 des projets dans les pays décolonisés.
  • Les accords du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), signés en 1947, organisent des conférences internationales (des "rounds") visant à développer le libre-échange. Ils constituent un moyen pour les États-Unis d'élargir leurs marchés.
  • La contribution financière à ces organisations et le rôle dans la prise de décision sont proportionnels à la place que les pays occupent dans le commerce international. Ce mécanisme assure une place dominante aux États-Unis.

3. Succès, limites et critiques du système de Bretton Woods

Le système de Bretton Woods permet d'accompagner la croissance économique :

  • Les États-Unis maintiennent leur poids dans l'économie mondiale et les FTN américaines se développent.
  • Les pays occidentaux enregistrent une forte croissance et le niveau de vie de leurs populations augmente.

Cependant, plusieurs pays sont à l'écart du système de Bretton Woods :

  • Le bloc de l'Est refuse le libéralisme et applique une politique communiste avec des économies dirigées.
  • Un marché commun entre les États communistes existe (Le COMECOM (ou CAEM).

Les pays "non alignés" (pays du Tiers-monde), qui se regroupent à Bandung en 1955 et qui sont rejoints ensuite par les autres pays décolonisés, contestent les règles de la gouvernance mondiale, qui ne tiennent pas compte des déséquilibres des échanges :

  • En 1964, ils créent le G77 au sein de l'ONU dont le but est de promouvoir les intérêts économiques de ses membres et de peser sur les négociations au sein de l'ONU.
  • La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) en 1964 vise à améliorer l'équilibre des échanges entre pays riches et pays pauvres.
  • Cependant, ces tentatives se soldent par des échecs et la gouvernance mondiale reste dominée par les pays riches.

La création de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en 1960 montre une volonté de la part des pays producteurs de pétrole d'avoir une influence dans la détermination des tarifs des hydrocarbures.

 

Partie 2 Nouvelle gouvernance et instabilité économique (1971 1991)

 

A. L'abandon des taux de change fixes et du système de Bretton Woods

 

- Au cours des années 1960, le déficit de la balance des paiements américaine s’est fortement aggravé et l’excédent commercial a reculé. La concurrence des Européens et des Japonais se fait sentir.

- Par ailleurs, le déficit est imputable aussi aux énormes dépenses militaires engagées dans les conflits de la guerre froide et surtout le Vietnam.

- L’inflation est devenue préoccupante puisque qu’il y a en 1971 5 fois plus de $ en circulation que d’or pour le garantir. Cela conduit le président Nixon à annoncer en août 1971 la fin de la convertibilité du $ en or et donc la fin d'un pilier central de la gouvernance économique mondiale basée sur les accords de Bretton Woods. Les monnaies s’apprécient désormais les unes par rapport aux autres selon l'offre et la demande.

- Les États-Unis profitent de ce système. Suite à la suppression de la convertibilité du dollar en or, ils dévaluent leur monnaie et lui font perdre de sa valeur. Le dollar étant moins cher, ils peuvent s'endetter à moindre coût.

2. Les conséquences des chocs pétroliers

Les tensions au Proche-Orient ont pour conséquence deux chocs pétroliers :

  • En 1973, suite à la guerre du Kippour des pays arabes contre Israël, les pays de l'OPEP décident d'augmenter le prix du pétrole pour les pays qui soutiennent Israël, ce qui provoque le premier choc pétrolier.
  • En 1979, suite à la révolution en Iran et l'arrivée des islamistes au pouvoir, les prix du pétrole connaissent une nouvelle flambée.

Cette hausse des cours du pétrole entraîne une crise mondiale :

  • Cette crise touche dans un premier temps les pays industrialisés. En effet, un des fondements de la croissance économique des Trente Glorieuses était la possibilité de disposer d'un approvisionnement en énergie peu cher. Avec la hausse des cours du pétrole, les coûts de production augmentent et les pays industrialisés deviennent moins compétitifs.
  • Pour les pays anciennement industrialisés, cette crise est accentuée par le recours de plus en plus fréquent des entreprises aux délocalisations, afin d'aller produire dans des pays dans lesquels la main-d'œuvre est peu chère, notamment dans les nouveaux pays industrialisés asiatiques (NPIA de la première génération) c'est-à-dire la Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong.
  • En conséquence, les pays industrialisés rentrent dans une période nommée les "Vingt piteuses" qui sont marquées par une forte inflation et l'apparition d'un chômage massif.

Les pays en développement sont eux aussi touchés par la crise :

  • Ils subissent la baisse de la demande et l'effondrement des cours des matières premières.
  • Certains s'endettent massivement, surtout en Amérique latine.
  • En 1982, le Mexique annonce qu'il n'est pas en mesure de rembourser sa dette et 14 pays en développement se déclarent eux aussi en cessation de paiement.

3. Les débuts de la libéralisation de l'économie

Pour répondre à la crise économique, certains États, dont les précurseurs sont les États-Unis sous la présidence de Ronald Reagan et la Grande-Bretagne dirigée par Margaret Thatcher, décident d'appliquer les idées néolibérales:

  • Les dépenses publiques sont réduites. Les prestations sociales diminuent drastiquement.
  • Les entreprises publiques sont privatisées.
  • Les impôts diminuent pour les catégories les plus aisées.
  • Les marchés financiers sont dérégulés et ont pour conséquence une financiarisation de l'économie. En effet, les flux financiers augmentent et sont de moins en moins connectés avec l'économie réelle.

Cette libéralisation des économies touche aussi les pays en développement, notamment ceux qui font appel aux institutions financières pour régler le problème de la dette :

  • Les pays en développement endettés cherchent à obtenir des rééchelonnements de la dette et des aides pour leur développement.
  • Le FMI et la Banque mondiale conditionnent ces aides à la mise en place de Plans d'ajustements structurels (PAS) qui imposent des mesures drastiques de libéralisation de l'économie et de baisse des dépenses publiques.

Cette libéralisation de l'économie provoque un recul de l'intervention des États dans l'économie :

  • Les acteurs privés jouent un rôle de plus en plus important (FTN, agences de notations, etc.)
  • Les banques centrales s'émancipent de la tutelle des États.
  • La mondialisation en plein essor, qui se caractérise par une augmentation des flux matériels et immatériels, contribue à limiter le contrôle des États sur l'économie.

 

Partie 3. La recherche d’une nouvelle gouvernance 1990-2010

 

1. Une gouvernance économique libérale

L'Organisation mondiale du commerce (l'OMC)

  • La fin de l'URSS en 1991 marque la victoire du capitalisme à l'échelle mondiale. Les États-Unis sont les grands vainqueurs de la guerre froide et l'idéologie libérale, qui se développe depuis la fin des années 1970, peut désormais s'appliquer à l'ensemble du globe. La Russie rejoint le G7 en 1998 qui devient le G8.
  • L'OMC est créée en 1995 pour remplacer le GATT. Son objectif, inscrit dans la doctrine libérale, est de favoriser l'ouverture commerciale des États et de régler les conflits commerciaux entre ses États membres

La multiplication des regroupements régionaux

  • La logique de ces unions régionales reste une logique libérale puisqu'elles visent à mettre en place des zones de libre-échange: l'UE, le Mercosur (marché commun d'Amérique du Sud), l'ALENA et l'ASEAN
  • Cependant, cette tendance à la multiplication des pôles économiques (multipolarisation) semble contribuer à la marginalisation des pays pauvres.

 

2. Quelle gouvernance face à la crise économique de 2007 ?

La crise des subprimes

  • Aux États-Unis, profitant de la déréglementation des finances, des banques et des assurances ont proposé des prêts subprimes afin de financer des achats immobiliers :
    • Les prêts subprimes permettent à des ménages à faibles revenus de s'endetter pour acheter des maisons.
    • Ces prêts deviennent des produits financiers vendus sur le marché mondial
  • Dès 2006, le système rencontre des difficultés et provoque une crise économique d'ampleur mondiale :

- En 2006, avec l'augmentation des taux, plus de deux millions de foyers ne peuvent plus rembourser leurs prêts. Les créances immobilières qui ne pourront pas être remboursées s'élèvent à 500 milliards de dollars.

- En 2007, le marché américain de l'immobilier s'effondre et la banque Lehman Brothers est en faillite.

- Comme nombre de ces "créances pourries" ont été vendues à l'étranger, la crise devient mondiale.

Il s'agit de la plus grosse crise économique depuis celle de 1929.

 

Les difficultés de la gouvernance mondiale face à la crise

Les institutions de la gouvernance internationale éprouvent de nombreuses difficultés pour remédier à la crise.

  • Le FMI intervient auprès de certains États, notamment européens (Islande, Portugal, Grèce, Espagne), en recapitalisant les banques afin d'éviter la faillite. Mais les aides du FMI restent conditionnées à des politiques libérales de rigueur qui sont à l'origine de la crise des subprimes.
  • Le G20 créé en 1999 (qui regroupent les pays du G7 plus les pays émergents) se réunit en 2008 afin de trouver des solutions. Quelques décisions sont prises, notamment en ce qui concerne les paradis fiscaux, mais elles n'aboutissent pas réellement.

 

3. Les contestations de la gouvernance économique mondiale libérale

 

Les acteurs de la critique de la gouvernance

Différentes voix se lèvent contre la gouvernance libérale de l'économie mondiale. C'est le cas du mouvement altermondialiste :

  • En 1999, des heurts éclatent à Seattle lors d'une rencontre de l'OMC.
  • À partir de 2001, le Forum Social Mondial (FSM) se rencontre chaque année afin de discuter des alternatives aux politiques de l'OMC, du FMI et de la Banque mondiale.
  • La crise de 2008 voit l'apparition de mouvements citoyens contestant l'ordre libéral. C'est le cas des "indignés", d'"occupy Wall Street", etc.
  • La crise en Europe voit l'arrivée de nouveaux partis de gauche telle que Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce.

Les critiques

Les critiques de ces mouvements sur le système actuel sont nombreuses :

  • Le climat est une de leurs préoccupations. En effet, le réchauffement climatique provoqué par les activités humaines constitue une menace à laquelle les différents sommets étatiques (Kyoto en 1997, Johannesburg en 2002, Copenhague en 2009) n'ont pas su répondre de manière efficace.
  • La remise en cause de la politique économique libérale appliquée à l'ensemble de la planète. Ces mouvements dénoncent les PAS (plans d'ajustement structurel du FMI) qui ont eu pour conséquence une augmentation du chômage et des inégalités et n'ont pas permis de relancer la croissance.

Les conséquences de cette contestation

Les résultats de ces contestations sont modérés :

  • Le mouvement altermondialiste manque de cohésion et d'unité.
  • Le FMI et la Banque mondiale ont remis en cause le consensus de Washington en reconnaissant la nécessité de l'intervention de l'État et le contrôle des flux de capitaux. Le G20 de 2012 prône la régulation bancaire.
  • Nombreux sont ceux qui reprochent à ces organisations des transformations de façade et maintiennent leurs critiques, d'autant plus que les volontés de réformes semblent s'être atténuées.

 

Conclusion : La gouvernance économique mondiale a réussi à restaurer le système monétaire international et à relancer le commerce mondial. Mais, ce faisant, elle a abouti à une impasse : le néo- libéralisme absolu a débouché sur des déséquilibres commerciaux et mondiaux à l'origine des actuelles crises à répétition qui frappent le monde. Il a ainsi contribué à alimenter un débat sur la gouvernance mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

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Published by france
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