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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 10:35

Une gouvernance économique mondiale depuis le sommet du G6 de 1975

 

Le dernier thème du programme d'histoire propose d'analyser en trois cours les façons dont notre monde est gouverné et cela, a trois niveaux ou trois échelles différents: à l'échelle mondiale, à l'échelle de l'union européenne et à l'échelle nationale.

Le cours présenté ici se place au niveau mondial et commence à la fin de la période de grande croissance économique des pays industrialisés qui a été appelée les Trente Glorieuses.

 

Gouvernance : mode collectif de prise de décision réalisé par plusieurs acteurs de natures différentes (États, Institutions internationales, FTN, ONG…). La gouvernance propose un nouveau mode de gestion des relations internationales à mi-chemin entre un gouvernement mondial, qui reste irréalisable, et la simple coopération entre nations. Elle remet en cause le monopole de l’État sur les affaires mondiales. Elle suppose des règles qui s'imposent aux Etats.

Au cours des années1970, on assiste à la fin de l’ordre économique mis en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (conférence de Bretton Woods, (1944). Ce système, qui s’appuyait sur la création d’institutions internationales comme le FMI et sur le rôle pivot des États-Unis et du dollar, est en effet remis en cause en raison des difficultés de l’économie américaine, des chocs pétroliers et de l’accélération de la mondialisation.

Il semble alors urgent d’instaurer de nouvelles normes internationales pour régler les problèmes économiques, c’est-à-dire une nouvelle gouvernance internationale. C’est un des objectifs du sommet de Rambouillet en France en 1975 et de la création du G6.

Comment une gouvernance économique mondiale est-elle mise en œuvre depuis 1975?

Deux périodes sont à distinguer: de 1975 au milieu des années1990, la gouvernance économique issue de l’après-guerre est remise en cause (P1); depuis le milieu des années1990 s’affirme la volonté d’une véritable gouvernance mondiale.

 

Partie I.À la recherche d’une gouvernance économique mondiale (1975-années1990)

L'économie mondiale connait au début des années 1970 une période de ralentissement qui touche les pays développés puis les pays en développement. Il y a plusieurs causes à ce ralentissement économique.

1.L’effondrement du système de Bretton Woods

En 1944, les pays alliés sauf l'URSS mettent en place, sous la conduite des EU, des institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale et acceptent de prendre le dollar comme monnaie international. Ce sont les accords de Bretton Woods (EU). A l'époque, l'économie des EU était prépondérante.

Dès la fin des années 1960, les États-Unis connaissent des difficultés économiques et ils sont de plus en plus déficitaires :

  • La guerre froide, et en particulier la guerre du Viêt Nam, augmentent les dépenses américaines.
  • Les États partenaires des États-Unis, qui utilisent le dollar comme monnaie internationale,ont de moins en moins confiance dans le dollar et ils échangent les dollars dont ils disposent contre de l'or.

Richard Nixon annonce en 1971 la fin de la convertibilité du dollar en or qui assurait le dollar d'être une monnaie internationale dans le cadre des accords de Bretton Woods. Cette décision marque la fin de la gouvernance mondiale décidée à Bretton Woods

2. Les conséquences des chocs pétroliers

Les tensions au Proche-Orient ont pour conséquence deux chocs pétroliers :

  • En 1973, suite à la guerre du Kippour, les pays arabes de l'OPEP (l'Organisation des pays exportateurs de pétrole conduite par les pays du Moyen-Orient) décident d'augmenter le prix du pétrole pour les pays qui soutiennent Israël et provoquent le premier choc pétrolier.
  • En 1979, suite à la révolution islamiste en Iran, les prix du pétrole connaissent une nouvelle flambée.

Cette hausse des cours du pétrole entraîne une crise mondiale :

  • Cette crise touche dans un premier temps les pays industrialisés. En effet, un des fondements de la croissance économique des Trente Glorieuses était la possibilité de disposer d'un approvisionnement en énergie peu cher. Avec la hausse des cours du pétrole, les coûts de production augmentent et les pays industrialisés deviennent moins compétitifs. Le chômage devient massif.
  • Cette crise est accentuée par le recours de plus en plus fréquent des entreprises aux délocalisations, afin d'aller produire dans des pays dans lesquels la main-d'œuvre est peu chère, notamment dans les nouveaux pays industrialisés asiatiques: les NPIA de la 1ère génération ou "Dragons", c'est-à-dire la Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong.

Les pays en développement sont eux aussi touchés par la crise :

  • Ils subissent la baisse de la demande et l'effondrement des cours des matières premières.
  • Beaucoup de ces pays s'endettent massivement, surtout en Amérique latine.

3. Or la crise économique montre les limites des institutions internationales héritées del’après‑guerre

  • Le FMI et la Banque mondiale, fondés pour favoriser la stabilité monétaire et le développement, imposent aux pays du Sud, très endettés, des politiques de rigueur qui aggravent leurs difficultés.
  • Les pays développés ne parviennent pas à résoudre le problème d'un chômage de masse.

3. En réponse à cette crise économique, les idées néolibérales sont peu à peu appliquées dans l'économie mondiale.

Le néolibéralisme désigne une théorie économique qui a fourni un cadre aux politiques économiques des pays capitalistes à partir des années 1980. Il se caractérise par :

  • une limitation du rôle de l'Etat en matière économique, sociale et juridique ;
  • l'ouverture de nouveaux domaines d'activité à la loi du marché
  • une vision de l'individu en tant qu'"entrepreneur de lui-même" ou "capital humain" que celui-ci parviendra à développer et à faire fructifier s'il sait s'adapter, innover...

L'application du néolibéralisme se fait d'abord aux États-Unis présidés par Ronald Reagan et au Royaume-Uni gouverné par Margaret Thatcher.

  • Les dépenses publiques sont réduites. Les prestations sociales diminuent drastiquement.
  • Les entreprises publiques sont privatisées.
  • Les impôts diminuent pour les catégories les plus aisées.
  • Les marchés financiers sont dérégulés et ont pour conséquence une financiarisation de l'économie. En effet, les flux financiers augmentent et sont de moins en moins connectés avec l'économie réelle.

Cette libéralisation des économies touche aussi les pays en développement, notamment ceux qui font appel aux institutions financières pour régler le problème de la dette :

  • Le FMI et la Banque mondiale conditionnent ces aides à la mise en place de Plans d'ajustement structurel (PAS) qui imposent des mesures drastiques de libéralisation de l'économie et de baisse des dépenses publiques.

Cette libéralisation de l'économie provoque un recul de l'intervention des États dans l'économie : les acteurs privés jouent un rôle de plus en plus important (FTN, agences de notation, fonds de pension, banques, compagnies d'assurance)

4.Vers une nouvelle forme de gouvernance?

  • En 1975, lors du sommet de Rambouillet, les chefs d’État et de gouvernement de six pays industrialisés (États-Unis, Japon, RFA, France, Royaume-Uni, Italie) se réunissent en un «Groupe des six» (G6). Il s’agit de relancer une coopération économique internationale mise à mal par la crise économique. En 1976, ils sont rejoints par le Canada (G7).
  • Cependant, cette organisation ne débouche sur aucun résultat concret; de plus, elle est perçue de l’extérieur comme un «club de riches».

 

Partie II.Une gouvernance économique mondiale enmarche(depuis les années1990)

1.Un contexte nouveau

  • La fin de l'URSS en 1991 marque la victoire du capitalisme à l'échelle mondiale. Les États-Unis sont les grands vainqueurs de la guerre froide, et l'idéologie néolibérale, qui se développe depuis la fin des années 1970, peut désormais s'appliquer à l'ensemble du globe
  • En 1998, la Russie rejoint le G7, qui devient alors G8.
  • L’affirmation des pays émergents à partir des années1990 (Chine, Inde, Brésil) remet en cause le leadership des pays industrialisés.
  • L’essor des mouvements altermondialistes à partir de la fin des années1990 provoque une remise en cause de la mondialisation libérale et pose la question de sa régulation.

2.La réorganisation du commerce mondial

  • En 1995, le GATT est remplacé par l’OMC (Organisation mondiale du commerce): l'OMC travaille, comme le GATT, pour élargir le libre échange dans les échanges de marchandises mais ses compétences s'étendent à d'autres domaines comme  les services. Elle peut juger et condamner les Etats qui ne respectent pas le libre échange. La prise de décision est démocratisée (une voix par État).
  • Cependant, le fonctionnement de l’OMC reste dominé par les pays riches.

3.Du G8 au G20

  • En1999, le G8 s’élargit à un certain nombre de puissances émergentes en se transformant en G20. Il reflète ainsi mieux l’organisation polycentrique du monde et la montée des pays émrgents.
  • Le G20 comprend des pays tels que la Chine, l’Inde et le Brésil, mais aussi l’Afrique du Sud, la Turquie, l’Arabie Saoudite ou encore l’Indonésie.

4.Les difficultés de la gouvernance mondiale

La crise économique mondiale des subprimes qui commence en 2007-2008 a montré les limites de la gouvernance mondiale actuelle

La crise des subprimes

  • Aux États-Unis, profitant de la déréglementation des finances, des banques et des assurances ont proposé des prêts subprimes afin de financer des achats immobiliers :
    • Les prêts subprimes permettent à des ménages à faibles revenus de s'endetter pour acheter des maisons.
    • Ces prêts deviennent des produits financiers vendus sur le marché mondial
    •  
  • Dès 2006- 2007, le système rencontre des difficultés quand des millions de foyers américains pauvres ne peuvent plus rembourser leurs créances.
  • En 2007, le marché américain de l'immobilier s'effondre et la banque pivot de ce marché Lehman Brothers est en faillite.
  • Comme nombre de ces "créances pourries" ont été vendues à l'étranger, la crise devient mondiale. Il s'agit de la plus grosse crise économique depuis celle de 1929.

Les institutions internationales réagissent dans l'urgence mais leurs actions restent limitées

  • le G20 n'est pas  parvenu à impulser une réforme du système financier international dont la puissance et la dérégulation sont responsables de la crise. Le scandale des "Panama papers" en 2016 montre que les Etats et les organisations internationales n'ont pas réussi à vraiment contrôler ces zones grises de la finance que sont les paradis fiscaux.
  • L'OMC n'a pas trouvé de solution à la crise des subprimes
  • Le FMI, quand il intervient, le fait toujours avec des politiques libérales d'austérité pour les populations (exemple: la Grèce)
  • Ce sont les Etats qui ont été obligés de se ré-impliquer dans leur économie pour renflouer les banques avec l'argent des contribuables.
  • Aucun leader mondial ne paraît susceptible de coordonner une véritable coopération internationale comme le firent États-Unis à partir de 1944.

Conclusion

[Réponse à la problématique] Ainsi, depuis 1975, la mise en œuvre d’une gouvernance économique mondiale est chaotique: d’abord confrontés à de graves difficultés économiques, les États ne parviennent plus à faire fonctionner les institutions internationales de l’après-guerre; puis, à partir des années 1990 ils tentent de mettre en place de nouvelles formes de gouvernance mais, très vite, ces formes de gouvernance se trouvent confrontées à une crise financière et économique de très grande ampleur et leurs limites apparaissent.

 [Ouverture] D'autres crises sont déjà attendues. Dans un monde désormais multipolaire, une nouvelle forme de gouvernance économique reste à inventer.

 

 

 

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Published by france
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